Grenade modelée en grès blanc lisse émaillé, étain, or et fil de soie rouge, pavé de pierre ; 28 x 14 x 17 cm ; 2025.
Sept grenades modelées en céramique composent cette installation, elles sont érigées de piques en métal soudé et de leur queue sort des fils de soie rouges.
Sept comme les portes que la déesse mésopotamienne Ishtar doit franchir dans sa descente aux Enfers, se dépouillant à chacune d'un attribut de pouvoir jusqu'à se présenter nue devant sa sœur Ereshkigal, reine des morts. Elle y est tuée, pendue trois jours durant comme une carcasse. Rien, dans le mythe le plus ancien de résurrection que nous connaissions, ne relève de la résilience héroïque : Ishtar n'est pas ranimée par sa propre force, mais parce que deux créatures extérieures viennent gémir avec elle, faire écho à sa douleur plutôt que de la réparer. C'est cet écho-là, celui du lien — et non une victoire sur soi — qui la ramène au monde.
Ce mythe me touche intimement : j'ai moi-même traversé une expérience de mort imminente et un coma conscient. De cela comme de ce qui a suivi, je ne veux pas en faire un récit de résilience — pas de « ce qui ne tue pas rend plus fort », pas de morale libérale de la victoire sur l'épreuve.
Ishtar est pour moi l'emblème d'une survie qui a un coût, qui laisse des portes ouvertes derrière elle, des attributs perdus qu'on ne retrouve jamais tout à fait. Ce qui m'intéresse n'est pas la remontée triomphante mais ce qui reste en bas : la blessure, la perte, et les liens noués dans l'obscurité — des espaces fertiles, complexes et politiques, pas des étapes à dépasser.
La figure d'Ishtar est pour moi un emblème féministe complexe : une femme meurtrie et sacrifiée, dont le corps de porte la mémoire d'une violence structurelle transmise en silence. Un corps qui a connu la mort de près, la douleur et la violence et qui continue, non pas malgré ses cicatrices, mais avec elles.
Seven pomegranates modeled in ceramic compose this installation, each crowned with welded metal spikes, red silk threads spilling from their stems.
Seven, like the gates the Mesopotamian goddess Ishtar must cross on her descent into the underworld, stripped at each one of an attribute of power until she stands naked before her sister Ereshkigal, queen of the dead. There she is killed, hung for three days like a carcass. Nothing, in the oldest resurrection myth we know, belongs to heroic resilience: Ishtar is not revived by her own strength, but because two creatures from outside come to moan alongside her, to echo her pain rather than repair it. It is this echo — this bond — and not a victory over herself, that brings her back into the world.
This myth touches me intimately: I myself went through a near-death experience and a conscious coma. Of that, as of what followed, I don't want to make a story of resilience — no "what doesn't kill you makes you stronger," no liberal morality of triumph over hardship.
Ishtar is, for me, the emblem of a survival that has a cost, that leaves doors open behind it, attributes lost that are never fully recovered. What interests me is not the triumphant ascent but what remains below: the wound, the loss, and the bonds forged in the dark — fertile, complex, political spaces, not stages to be overcome.
The figure of Ishtar is, for me, a complex feminist emblem: a woman wounded and sacrificed, whose body carries the memory of a structural violence passed down in silence. A body that has known death up close, pain and violence, and that continues on — not despite its scars, but with them.