Mon travail explore le regard comme un lieu de contact, non de domination. Inspirée par la figure mythique de Méduse, je cherche à renverser l’idée du regard qui fige — non plus arme, mais comme une peau sensible, un espace de réciprocité, une fissure fertile entre plusieurs singularités. Le corps est taché, c’est un corps univers, en devenir permanent, abîmé mais aussi survivant - au delà de la blessure et de l’abus, Méduse se relève. Sans visage car elle est toute femme, sans identité mais forte. La céramique, terre en mouvement et prolongement physique de l’intime, dialogue avec la peinture pour interroger le corps féminin brisé, réparé, ré habité. Une transformation incarnée par le serpent, énergie ultime de la transformation, de la rupture et du mal originel présumé : le désir de liberté des femmes. À la lumière de la phénoménologie de Merleau-Ponty, l’œil devient matière, et la matière, regard. Le corps voit autant qu’il est vu et la pétrification c’est le pouvoir que Méduse récupère sur qui la regarde. Chaque fragment de terre porte la trace d’un monde à reconstruire : celui d’une justice imparfaite, d’une tendresse lucide, d’une insurrection douce — celle du corps qui persiste à se relever.
Dessin à l'encre de Chine sur papier Fabriano, 70 x 200 cm et onze serpents en céramique, grès blanc lisse modelé et émaillé, socles ; 2025.